Commencer par le français ou l’arabe ?

Institut Oktoub -

C’est probablement la question qu’on nous pose le plus souvent, et presque toujours avec la même inquiétude derrière : « Est-ce que je risque de le perturber ? »

En tant que parent on se demande souvent : mon enfant mélange les deux langues dans la même phrase, dois-je arrêter l’arabe « le temps que le français se mette en place ». 

La réponse est non. Et la question elle-même est mal posée — je vais expliquer pourquoi.

Non, le bilinguisme ne retarde pas la parole

C’est la crainte la plus répandue, et la recherche en acquisition du langage est constante sur ce point depuis des décennies : les enfants élevés avec deux langues atteignent les grandes étapes du langage — premiers mots, premières phrases, premières questions — dans les mêmes fenêtres que les enfants monolingues.

Un enfant bilingue peut connaître un peu moins de mots dans chaque langue prise séparément. Mais si l’on additionne son vocabulaire dans les deux, il est comparable à celui d’un enfant qui n’en parle qu’une. Il n’a rien perdu : il a réparti.

Ce qui alimente le malentendu, c’est que les retards de langage existent, bilinguisme ou pas. Quand un enfant bilingue en présente un, on incrimine spontanément les deux langues — alors qu’un enfant monolingue au même retard n’aurait jamais suscité cette explication. Si un doute sérieux existe, il faut consulter un orthophoniste, exactement comme pour n’importe quel enfant. Retirer l’arabe ne réglerait rien et coûterait beaucoup.

Mélanger les deux langues est normal, et même bon signe

Cet enfant qui dit « je veux le khoubz » ne confond rien du tout. Il fait ce que font tous les bilingues du monde, y compris adultes : il prend le mot le plus disponible au moment où il en a besoin.

Les spécialistes appellent cela l’alternance codique, et c’est un marqueur de compétence, pas de confusion. Un enfant qui mélange sait très bien à qui il parle : observez-le, il ne mélange pas avec tout le monde. Il le fait avec ceux dont il sait qu’ils comprennent les deux.

Ce comportement s’estompe naturellement vers cinq ou six ans, quand l’enfant devient capable de séparer volontairement ses deux répertoires.

La vraie question n’est pas laquelle en premier

Voici où je voulais en venir.

Si vous vivez en France, en Belgique ou au Canada, votre enfant apprendra le français, quoi que vous fassiez. L’école, les copains, les dessins animés, les commerçants, les voisins — le français l’entoure et le submergera de toute façon. Il n’a besoin de personne pour cela.

L’arabe, lui, n’a que vous.

Poser la question en termes de priorité — « lequel d’abord ? » — revient donc à se demander lequel des deux on peut se permettre de retarder. Or un seul des deux est en danger, et ce n’est pas le français.

Cette bascule change tout dans la façon d’organiser les choses. Il ne s’agit plus de choisir, mais de protéger la langue la plus fragile pendant que l’autre se construit toute seule.

Ce qui fait tenir l’arabe à la maison

Quelques principes simples, tirés de ce que nous observons chez nos familles.

Associez la langue à une personne ou à un lieu, pas à un moment. « Papa parle arabe » ou « à table on parle arabe » fonctionne. « On fera de l’arabe quand j’aurai le temps » ne fonctionne jamais, parce que ce moment n’arrive pas.

Acceptez qu’il vous réponde en français. C’est une phase presque inévitable vers quatre ou cinq ans, quand l’enfant réalise que le français lui coûte moins d’effort. Continuez à lui parler arabe sans exiger de réponse en arabe. La compréhension se maintient, et la production revient plus tard — souvent d’un coup, à l’adolescence ou lors d’un séjour en pays arabophone.

Donnez-lui de l’arabe qu’il aime. Une langue qui n’existe que dans le cadre de la leçon devient une matière scolaire, et on n’aime pas les matières scolaires.

Ne culpabilisez pas si votre propre niveau est limité. Ce qui compte n’est pas votre maîtrise, c’est que l’arabe existe à la maison. Un parent qui apprend en même temps que son enfant transmet quelque chose de plus fort qu’un parent parfait mais absent : il montre que c’est possible.

Et pour lire et écrire, à quel âge ?

Parler et lire sont deux compétences distinctes, et elles n’arrivent pas au même moment.

L’oral peut commencer dès la naissance, sans aucune méthode particulière — il suffit de parler.

La lecture demande une maturité qu’on situe généralement autour de cinq à sept ans, quand l’enfant sait déjà associer des signes à des sons. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous n’acceptons les enfants qu’à partir de 7 ans dans nos cours : en dessous, la concentration qu’exige une séance en visioconférence est rarement acquise, et nous préférons vous le dire plutôt que de vous vendre un cours qui ne fonctionnera pas.

Un détail rassurant pour ceux dont l’enfant apprend déjà à lire en français : les deux systèmes ne se gênent pas. La direction d’écriture inversée et l’alphabet différent aident même l’enfant à comprendre que lire, c’est décoder un système — une abstraction que les enfants monolingues mettent parfois plus longtemps à saisir.

En résumé

Ne choisissez pas. Le français viendra seul ; l’arabe ne viendra que si vous le portez.

Parlez arabe à votre enfant dès aujourd’hui, sans attendre qu’il « maîtrise » quoi que ce soit, sans vous inquiéter des mélanges, et sans exiger qu’il vous réponde dans la même langue. Puis, vers sept ans, ajoutez la lecture.

Si vous vous demandez où en est votre enfant, notre test de niveau gratuit prend dix minutes et vous indique par où commencer. Si vous préférez un accompagnement régulier, nos cours d’arabe en ligne se donnent avec un professeur arabophone, en individuel ou en binôme — un format que beaucoup de familles choisissent pour deux enfants, à un tarif nettement plus bas.

Et si vous souhaitez apprendre en même temps que lui, ce que je vous encourage vivement à faire, commencez par « J’apprends l’arabe » niveau 1. Rien ne motive un enfant autant que de voir son parent s’y mettre aussi.

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